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Oct 14
Rythme de travail : le manager a besoin d'un lièvre pour trouver le bon tempo

Rythme de travail : pourquoi tout manager performant a besoin d’un lièvre (et comment savoir s’il court trop vite)

Management & Leadership

Rythme de travail : pourquoi tout manager performant a besoin d’un lièvre (et comment savoir s’il court trop vite)

On juge un leader sur ce qu’il décide. Presque jamais sur la vitesse à laquelle il le fait. Pourtant, un mauvais tempo épuise une équipe plus sûrement qu’une mauvaise stratégie.

Quand on parle de rythme de travail, on pense spontanément aux horaires, aux durées, au temps de travail inscrit dans le contrat, à la durée légale de 35 heures par semaine ou au télétravail du vendredi. C’est le versant RH du sujet, et il compte. Mais dans la plupart des équipes que nous accompagnons, ce n’est pas là que le rythme déraille. Il déraille en haut, dans la tête de la personne qui donne le tempo : le manager.

Un leader qui accélère sur tout, qui relance un chantier avant que le précédent soit digéré, impose à son équipe un rythme qu’aucun planning d’horaires de travail ne peut absorber. À l’inverse, un leader qui commande une étude de plus à chaque idée fait mourir l’énergie de ses meilleurs éléments à petit feu. Dans les deux cas, la charge de travail réelle et la motivation n’ont plus rien à voir avec ce qui est écrit dans l’organigramme.

C’est exactement le sujet d’une chronique publiée ce 14 octobre 2026 par la MIT Sloan Management Review, signée Jim Detert et Rahul Bhandari (Darden School of Business, Université de Virginie). Leur thèse tient en une image empruntée à l’athlétisme : tout leader performant a besoin d’un pacer, ce que les coureurs français appellent un lièvre. Décryptage, et surtout mode d’emploi pour l’appliquer lundi matin.

Le lièvre : ce que l’athlétisme a compris avant le management

Les auteurs partent de Jakob Ingebrigtsen, l’un des meilleurs coureurs de demi-fond de l’histoire. En course, il est souvent accompagné d’un lièvre pendant une partie de l’épreuve. Si Ingebrigtsen part trop vite, le lièvre le freine. S’il traîne, il le relance. S’il est dans le bon tempo, le lièvre lui évite simplement de surveiller son chrono en permanence. Puis, quand son travail est fait, il sort de la piste.

Ce qu’apporte un lièvre, selon Detert et Bhandari, se résume en trois points : il réduit la charge cognitive de l’athlète, il l’aide à gérer son énergie, et il évite les doutes et l’anxiété qui plombent la performance à court terme comme le bien-être à long terme.

Transposez à l’entreprise. Un manager passe une part énorme de son énergie à se demander s’il va trop vite ou pas assez, ou pire, ne se le demande jamais. Les auteurs le disent sans détour : on se concentre sur ce que font les leaders, rarement sur le rythme auquel ils le font. Et selon eux, trouver le bon rythme peut avoir autant de conséquences que choisir la bonne direction.

Ce que dit l’enquête : 93 % des leaders ne sont pas au bon tempo

Pour étayer leur propos, les deux chercheurs ont interrogé 125 personnes occupant des fonctions professionnelles et managériales variées, en leur demandant de décrire un leader actuel ou passé. Les résultats piquent :

93 %

décrivent un leader dont le rythme est souvent en décalage avec la situation

3 sur 4

de ces leaders vont trop vite (le quart restant, trop lentement)

60 %

d’entre eux n’ont aucun lièvre pour compenser

Les auteurs ont un surnom pour ces deux profils : les « écureuils sous caféine » et les « tortues hésitantes ». Leurs qualités naturelles (rapidité, audace et décision pour les premiers ; soin, rigueur et réflexion pour les seconds) restent des forces tant qu’elles sont modérées. Laissées sans contrepoids, elles deviennent des faiblesses.

Les trois choses qu’un lièvre change pour un leader

Le résultat le plus intéressant de l’enquête : les bénéfices d’un lièvre sont quasiment les mêmes, que le leader soit trop rapide ou trop lent. Le lièvre l’aide surtout à changer de vitesse selon le contexte : sprinter dans une vraie crise, ralentir quand l’incertitude demande d’explorer, tenir l’allure pendant les longues phases de mise en œuvre.

1. Des décisions mieux pesées, et un vrai apprentissage

Chez les leaders rapides, le lièvre impose un temps de délibération avant les décisions à fort enjeu. Sans lui, disent les répondants, les mauvaises décisions se répètent parce qu’elles s’enchaînent trop vite pour être digérées, et personne n’a le temps de résoudre un problème ou d’apprendre par lui-même. Chez les leaders lents, il fait l’inverse : il fixe des échéances de décision et un seuil du « suffisamment bon » pour passer à l’action, en rappelant qui est en train de combler l’écart (un concurrent, une technologie, un marché qui bouge).

2. Une stratégie qui tient la distance

Un leader qui réagit à chaque nouveau signal finit par produire une accumulation de gains tactiques qui ne s’additionnent jamais. C’est le mécanisme que nous décrivions récemment dans notre article sur la dérive stratégique : on accélère, mais pas forcément dans la bonne direction. Un répondant de l’enquête résume l’intérêt du lièvre en une phrase : il est plus difficile d’ignorer ou de modifier ses indicateurs en temps réel quand on s’est engagé à tenir une allure.

3. L’énergie de l’équipe, le vrai carburant

C’est le point le plus cité par les répondants. Le leader trop rapide épuise son équipe, pas seulement par la vitesse, mais par les changements de dernière minute et les erreurs évitables qu’elle provoque. Témoignage brutal relevé dans l’enquête : un salarié explique avoir quitté son poste alors qu’il aimait l’équipe, la culture, la mission et son travail. Le leader trop lent, lui, n’épuise pas : il ennuie. Les meilleurs talents se lassent des occasions manquées, deviennent cyniques, partent ou ne donnent plus qu’une fraction de ce qu’ils peuvent.

« Sans lièvre, les leaders rapides épuisent continuellement leur entourage, pas seulement par la vitesse elle-même mais aussi par les retombées émotionnelles. […] Les leaders naturellement plus lents n’épuisent pas leurs équipes : ils les ennuient. »

D’après Jim Detert et Rahul Bhandari, MIT Sloan Management Review (traduction libre)

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Rythme de travail : les signaux qui montrent que vous n’êtes pas au bon tempo

Le problème, rappellent les auteurs, c’est que ces dérives sont évidentes pour l’entourage mais très difficiles à voir de l’intérieur. Leur conseil : demandez l’avis de quelques personnes dont vous êtes sûr qu’elles vous diront la vérité. Et en attendant, regardez-vous dans le miroir avec cette grille, reprise de l’article.

🐿️ Vous courez trop vite si…

  • votre équipe vous demande régulièrement de clarifier des priorités qui vous semblaient évidentes ;
  • vous êtes revenu plus d’une fois dans l’année sur une décision majeure moins de 90 jours après l’avoir prise ;
  • des personnes clés qualifient l’organisation d’« épuisante » dans les enquêtes d’engagement ou les entretiens de départ ;
  • vous êtes agacé que les autres « ne suivent pas » ;
  • vous avez lancé des initiatives mortes de négligence parce que la suivante était déjà arrivée.

🐢 Vous courez trop lentement si…

  • vos concurrents lancent ce que vous êtes encore en train d’« étudier » ;
  • votre réponse réflexe à une idée nouvelle, c’est de commander une analyse de plus ;
  • votre équipe dit « quand la direction aura tranché » ou « on attend toujours une direction » ;
  • vous avez plus de trois décisions stratégiques en attente depuis plus de six mois ;
  • votre hiérarchie vous demande pourquoi ça prend autant de temps.

Si vous cochez trois cases ou plus dans une colonne, ce n’est pas un problème d’horaires de travail ni de gestion du temps personnelle. C’est un problème de tempo de leadership, et il se répercute sur toute la chaîne.

Pourquoi les politiques de temps de travail ne règlent pas le problème

Beaucoup d’entreprises traitent le sujet des rythmes de travail par la porte RH : horaires flexibles, télétravail, droit à la déconnexion, pauses régulières, charte « pas de réunion le vendredi ». Tout cela est utile pour l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Mais soyons honnêtes : aucune charte ne protège une équipe d’un directeur qui relance trois priorités « urgentes » par semaine.

Le rythme réellement vécu par une équipe, c’est la somme de trois choses : la charge de travail, la fréquence des changements de cap, et la qualité de la récupération entre deux pics. Les deux dernières dépendent presque entièrement du manager. Les durées et les horaires, eux, ne mesurent que le contenant.

C’est aussi pour cela que le multitâche imposé fait autant de dégâts : quand tout est prioritaire, l’équipe zappe d’un sujet à l’autre et la motivation et la productivité s’effondrent ensemble. Éviter le multitâche n’est pas une affaire de discipline individuelle, c’est une décision de tempo prise (ou non) par celui qui distribue le travail. Et plus l’équipe grossit, plus l’effet se dilue, comme nous l’expliquions avec l’effet Ringelmann.

Ajoutez l’IA par-dessus. Les outils génératifs donnent à chaque manager l’impression de pouvoir tout accélérer. Résultat : les écureuils sous caféine ont désormais un turbo. Produire un plan, une note ou un prototype prend une heure au lieu d’une semaine, mais la capacité de l’organisation à absorber le changement, elle, n’a pas bougé. Le décalage entre la vitesse du leader et le rythme soutenable de l’équipe n’a jamais été aussi grand.

Comment trouver le bon rythme de travail : choisir son lièvre

Si vous vous reconnaissez dans une des deux colonnes, la solution proposée par Detert et Bhandari n’est pas un séminaire sur la gestion du temps. C’est une personne. Avant de la choisir, clarifiez votre besoin :

  • Tempo général ou sujet précis ? Votre rythme de leadership dans son ensemble, ou un domaine (financement, adoption d’une technologie, croissance) ?
  • Relation durable ou ponctuelle ? Par exemple les six premiers mois d’une prise de poste ou la première année après une fusion.
  • Métronome opérationnel ou regard stratégique ?

Ensuite, trois critères non négociables. La confiance : quelqu’un qui vous dit la vérité même quand elle dérange, idéalement structurellement indépendant de vous (il n’a rien à gagner ni à perdre en étant franc et ne vise pas votre poste). La compétence : il sait à quoi ressemble le bon rythme en pratique, pas seulement en théorie, et connaît la bande passante de votre équipe et la capacité de votre organisation. L’intelligence émotionnelle : il sait lire comment vous et les autres tenez le coup.

Où le chercher ?

Pour un leader en montée, les auteurs conseillent de chercher près du terrain : un ancien manager, un mentor, un membre de conseil d’administration, un client ou un pair qui a déjà opéré au niveau visé et vous a vu sous pression. Pour une prise de poste, proposez-lui d’être votre lièvre pendant 90 jours, avec un point toutes les deux semaines autour de trois questions :

1. Sur quoi suis-je en train d’aller trop vite ?

2. Qu’est-ce que je retarde inutilement ?

3. Quelles conséquences de mon rythme suis-je en train de ne pas voir ?

Pour un leader expérimenté, la question devient : qui peut encore me dire la vérité ? Vos collaborateurs directs connaissent mieux que personne votre tempo, mais ils ne se sentent pas forcément en sécurité pour vous challenger. Pensez à un administrateur indépendant, un pair hors de votre ligne hiérarchique, un dirigeant retraité ou un coach externe. Et allez chercher les indices dans vos données existantes : commentaires d’enquêtes d’engagement, entretiens de départ, échéances ratées, changements de stratégie à répétition, décisions bloquées, initiatives lancées mais jamais tenues.

La question qui vaut tous les outils de gestion du temps

Rahul Bhandari raconte son expérience de PDG. Habitué à aller vite, à cumuler les responsabilités et à traiter chaque opportunité comme une raison d’accélérer, il a trouvé son lièvre dans un membre de son conseil d’administration. À chaque nouvelle initiative, celui-ci lui posait une seule question :

« Qu’es-tu prêt à arrêter pour faire de la place à ça ? »

Cette question l’a aidé à distinguer l’urgence réellement exigée par l’entreprise de l’urgence qui reflétait simplement son propre style. Il restait responsable de ses décisions, mais les prenait en ayant conscience du rythme et de ce que l’organisation pouvait réellement absorber. Volez-la. Posez-la à vous-même, à votre comité de direction, à chaque revue de portefeuille.

Maintenir un bon rythme de travail dans l’équipe : le plan en 5 étapes

Pas de rythme de travail idéal universel : le bon rythme de travail dépend du moment (crise, exploration, déploiement). Voici comment transformer l’idée du lièvre en pratique concrète, sans attendre la prochaine réorganisation :

  1. Faites le diagnostic honnête. Passez la grille des signaux ci-dessus, puis faites-la remplir anonymement par votre équipe. L’écart entre les deux réponses est votre premier indicateur.
  2. Nommez votre lièvre. Une personne, explicitement, avec un mandat clair : vous dire quand vous allez trop vite ou trop lentement. Un rôle implicite ne fonctionne pas.
  3. Installez le point des trois questions. Trente minutes toutes les deux semaines. Notez les réponses, relisez-les au bout de trois mois.
  4. Appliquez la règle du « stop pour un start ». Aucune nouvelle priorité sans en arrêter une. C’est la façon la plus simple de protéger la charge de travail réelle et d’éviter le multitâche.
  5. Adaptez la vitesse aux autres équipes. Les auteurs insistent : un leader qui ignore le rythme des autres services génère des échéances ratées et du travail refait. Intégrez leur tempo dans vos décisions, pas seulement le vôtre.

Un dernier avertissement, que les auteurs formulent eux-mêmes : le lièvre ne court pas la course à votre place. Il ne remplace ni la lucidité ni la discipline personnelle. Poussé trop loin, il peut même figer votre manque d’adaptabilité et vous rendre dépendant du jugement de quelqu’un d’autre. Les meilleurs lièvres, écrivent-ils, se rendent progressivement inutiles : leur réussite, c’est le jour où vous sentez seul que vous devez accélérer ou ralentir, avant que l’organisation n’en paie le prix.

FAQ : rythme de travail et tempo du leader

Quels sont les différents rythmes de travail ?

Côté RH, on distingue les rythmes de travail selon les horaires et les durées : temps plein, temps partiel, horaires fixes, horaires flexibles, travail posté, télétravail. Côté management, il existe aussi un rythme moins visible : la cadence à laquelle le leader décide, change de cap et lance de nouvelles priorités. C’est souvent lui qui détermine la charge réellement vécue par l’équipe.

Qu'est-ce qu'un lièvre (pacer) en leadership ?

C’est une personne de confiance qui aide un leader à ajuster sa vitesse à la situation : le freiner quand il va trop vite, le relancer quand il tergiverse. Le concept est emprunté à l’athlétisme et a été développé par Jim Detert et Rahul Bhandari dans la MIT Sloan Management Review en octobre 2026.

Comment savoir si mon rythme de manager épuise mon équipe ?

Quelques signaux : des demandes de clarification récurrentes sur les priorités, des décisions majeures annulées en moins de 90 jours, le mot « épuisant » dans les enquêtes d’engagement ou les entretiens de départ, des initiatives abandonnées faute de suivi. Si vous en reconnaissez plusieurs, votre tempo est probablement trop élevé.

Qu'est-ce qu'un bon rythme de travail pour une équipe ?

Un rythme soutenable dans la durée, qui alterne phases intenses et phases de récupération, et qui s’adapte au contexte : sprinter en crise, ralentir quand l’incertitude impose d’explorer, tenir l’allure pendant la mise en œuvre. Il n’existe pas de rythme idéal universel, seulement un rythme adapté au moment.

Qui peut jouer le rôle de lièvre pour un dirigeant ?

Un ancien manager, un mentor, un administrateur indépendant, un pair hors de la ligne hiérarchique, un dirigeant retraité ou un coach externe. L’essentiel : qu’il soit digne de confiance, compétent, qu’il connaisse votre contexte et qu’il n’ait aucun intérêt à vous ménager.

Quel est le synonyme de rythme de travail ?

On parle aussi de cadence, de tempo, d’allure ou d’organisation du temps de travail. En agilité, on utilise souvent l’expression « rythme soutenable », issue des principes du Manifeste agile.

Le bon tempo ne s’improvise pas. Il se travaille.

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